Cours accéléré de laïcité à l’usage de l’Eglise catholique

Prise de position du Réseau d'Action pour la Promotion d'un Etat Laïque
Cours accéléré de laïcité à l’usage de l’Eglise catholique.
On connaît la formule de Victor Hugo « L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle ». Et il semblerait que l’Eglise catholique, tout en ferraillant par ailleurs durement pour lutter contre la séparation des Eglises et de l’Etat, ait eu à cœur d’appliquer la formule à la lettre – mais, comme on le verra plus loin, en en travestissant profondément l’esprit -, s’agissant des nombreuses affaires de pédophilie qui la secouent. La semaine dernière en effet, les évêques annonçaient la création d’un centre d’accueil pour les victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise. Un centre d’accueil qui aurait notamment pour mission de faire le tri entre les affaires prescrites et celles qui ne le seraient pas. Une manière de poursuivre par d’autres voies la politique menées jusqu’ici en la matière ? On sait en effet combien l’Eglise a toujours privilégié, dans ces affaires ô combien gênantes, la politique de l’entre-soi : on couvre l’affaire, on l’étouffe, éventuellement en achetant le silence des victimes ou en protégeant charitablement les coupables des affres de la justice des hommes. Rappelons que la commission Adriaenssens constituait déjà une tentative de privilégier la gestion interne des affaires d’abus sexuels au sein de l’Eglise, et que les perquisitions finalement effectuées au siège de cette commission avaient déclenché une levée de boucliers des autorités religieuses. Il était donc plus que temps que l’on rappelle à l’institution religieuse que cette séparation entre l’Eglise et l’Etat – qu’elle est par ailleurs si encline à décrier – ne signifie en aucun cas le droit pour l’Eglise de mettre en place une justice parallèle : qu’ils soient hommes de Dieu ou non, les coupables de crimes et délits ont à en rendre compte devant la justice des hommes, et toute entrave posée à cette dernière est elle-même coupable. Il est regrettable que cette mise au point ait dû être faite non seulement vis-à-vis des autorités ecclésiastiques, mais encore vis-à-vis du ministre de la Justice Stefaan De Clerck (CD&V) qui, après être resté longtemps étrangement silencieux face à des faits pourtant avérés, n’est sorti de son mutisme que lorsque celui-ci lui a été reproché, et encore pour déclarer souhaiter étudier les conditions d’une coopération entre le centre d’accueil des victimes et la justice. Les procureurs généraux ont clairement refusé toute collaboration avec ce centre, réaffirmant le primat de la justice dans le traitement des dossiers de pédophilie au sein de l’Eglise. Dans ce contexte, les dernières déclarations de Benoît XVI prennent tout leur sel : celui-ci a en effet profité d’un discours dans une maison de repos londonienne pour demander de « respecter la vie quels que soient l’âge ou les circonstances », martelant que « La vie est un don unique, à chaque stade, de la conception jusqu’à la mort naturelle, et c’est Dieu seul qui donne et qui reprend ». Plus grave, toujours au Royaume-Uni, il a lancé un appel aux « infidèles », comparant les incroyants aux nazis en déclarant, citant nommément Hitler, que « L’exclusion de Dieu de la religion et des vertus associées conduit à des choses terribles ». Il a poursuivi en affirmant que le respect des valeurs traditionnelles était menacé par « les formes agressives de la laïcité ». Manifestement, l’Eglise catholique a encore quelques difficultés à conceptualiser la notion de séparation des Eglises et de l’Etat. Le R.A.P.P.E.L. rappelle à cette occasion que la laïcité n’est rien d’autre que la séparation du droit et de la foi, les lois devant donc être les mêmes pour tous, quelles que soient les convictions particulières de chacun. Ce qui implique le refus de toute immixtion du religieux dans la sphère du droit. Dans cette perspective, le fait que l’Eglise organise une forme de justice interne ne constitue en rien une forme particulièrement aboutie de séparation, mais au contraire un inacceptable empiètement de l’autorité religieuse sur les compétences dévolues à l’Etat, et à lui seul, ce que la laïcité a précisément pour fonction d’empêcher. Un principe manifestement mal assimilé par l’Eglise catholique, aujourd’hui encore. Philipp Bekaert Yvan Biefnot Dominique Celis Elie Cogan Gisèle De Meur Sophie François Nadia Geerts Hugo Godoy Lara Herbinia André Nayer Philippe Schwarzenberger Michèle Peyrat Fatoumata Sidibé Jamila Si M’Hammed Georges Verzin Willy Wolsztajn

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